Le Lotus Bleu

Le Lotus Bleu

Passé, Présent, Futur
dans la même forêt.
Chaude, ténébreuse.
Ils serpentent dans la nuit.
Ensemble ils font un temps
— rêve obsolète.

Sur la Terre pousse l’Arbre du Dragon.
Les lois de la nature, les têtes des hommes,
s’inclinent.
L’oiseau s’éprend de son écorce.
Le cheval court sur la prairie de velours
— sauvage.

Les yeux du torrent chantent le voyage fiévreux de l’eau
— montante.

Alors qu’en-bas
s’élève le long sanglot de la Terre,
Alors qu’en-bas
des Anges glissent encore sur des gouffres,
voici que se réveille un autre pays, miroir jumeau.

Dans cette aube qui ne finit jamais, il est ce Royaume,
silence qu’on caresse.
Le Lotus endormi dans les flots bleus,
nuage aux algues tendues.
L’ immortel chuchotement de l’étoile
au cadran de la stratosphère.

La main de la fleur se tend.
Elle est musique,
un climat peut-être.
Elle est l’espace,
vide et total.
La mangue sur le roseau.
La nage du poisson.

Son âme sur une pelure de noeuds,
tous les noeuds des mortels.
Danse, orange marine.

La hache de l’indien la regarde.
Elle nait du long cri de la boue sous le granit rose.
Elle est la pluie qui frissonne, le tonnerre de l’orage grimpant.
Le vase de cristal, la brume endormie sur la colline,
la fleur noire et le myosotis.
Elle est douceur brulante, pierre palmée,
la lettre voyelle et le point tangible,
la flûte du Serpent.

Elle aime, elle aime, elle aime,
pâle et mystérieuse,
le tout silencieux.

A l’horizon sonne le couvre-feu,
l’ arbre souffle sur toutes les fleurs du monde,
une âme s’envole,
grâce et blancheur originelle.
Dans cet Eden, revenu de la cendre,
son parfum léger parle aux astres.

Alors elle se dresse, gymnopédie.
Plus haut, encore plus haut, toujours plus haut.
Le ciel frémit sous sa paume.

Elle est le feuillage humide et la tige,
l’or bleu des songes, peinture vive,
l’éclair de la nuit, le papillon,
le bourgeon de la libellule,
le lent mouvement du cygne.

Elle est
Ici et maintenant
l’épée du lac, constellation.

Mauve équinoxe.
Métamorphose.