Mouvements

' S’effeuille
ligne après ligne
la pente abrupte
jusqu’à l’aurore qui porte
un bouquet royal
monté sur des escarpins
de bleus et d’ors '

- Mouvement
L’automne se balade 
par l’azur monotone,
le parfum renversé
sur l’ivresse et la beauté.
Les montagnes,
vertèbres du ciel,
poussent un grand cri.
Le pas ouvert des lichens
étend sa marque à l’encre verte,
blessure ciselée.
- Mouvement
Les fleurs,
étoiles farouches,
mortellement aimées,
dans la moiteur du miel,
se jouent de leurs baisers,
marches muettes.
- Mouvement
Dans la mare au diable
le Rossignol,
bec au feutre noirci,
avale et digère 
cet éternel ennui,
la splendeur invisible,
la cicatrice, la barbarie.
Par le froid de la fenêtre
vingt-trois demons sortent
du ventre de la serre
au toit jauni.
Sous le masque funèbre sont la fièvre,
un amour, un silence
- compact.
Entre ses cuisses,
dans le jardin se tient le fruit,
l’orange fleurie,
densité de l’abîme,
obscur gravier sur la route 
- ensevelie.
- Mouvement
Tout s’éteint.
Les yeux chauds des amants.
Il pleut sur des corps, valse fulgurante.
L’ambre par la bouche 
- fossile.
Les larmes brillent,
- verticales, 
- sur des gorges glaciales.
- Mouvement
Jupiter allume des spectres.
La Lune gibeuse devine, 
mystérieuse, 
l’eau sortie de terre.
Le lierre s’accroche au ruisseau.
Le paysage bouge, obstinément, 
antique berceau, cendres mélangées, 
d’un même feu, 
éternel et mourant.
- Mouvement
Doucement la fleur 
- rouge,
la flamme à l’équilibre,
chaleur douce,
cueille un visage, 
- intact.
C’est l’Amour,
l’oeil ouvert, l’édifice détruit.
Cette apparence, ce ver luisant, 
fantôme rampant, vert printemps,
il se meut dans le poison,
il se meut dans le mouvement,
- lent.
L’Amour d’automne est doux, 
loin de l’amer brûlant.
- Mouvement
Sous les doigts de Vénus,
l’âme palpitante,
des hommes courent, le coeur captif.
Sur l'eau claire aux cheveux d’argent
la Muse apparait,
 puis disparait,
beauté,
 sombre enivrant.
- Mouvement
Mouvement dans les lointaines.
De son teint rouge et sang
la danseuse météore repeint la nuit
d’une caresse craintive,
d’un serment maudit.
- Mouvement
Framboise sur une peau,
l’oiseau bleu creuse un buisson, un nid,
il dit un sort dans cette mémoire, 
robe pâle et noircie.
Dans un beau pays la lumière se dérobe.
Dans un souffle le ciel tombe sur des têtes,
évanouies.
Dans le vin, se meut la vaine douleur,
baume pénétrant,
et en elle tomberont maintenant les gouttes,
berceuses et ténébreuses.
- Mouvement
Nue, une elfe sans doute
dit un mouvement,
dit tout l’espace,
- englouti maintenant,
bijou serti dans la nuit,
doux miroir étrange
sur la plaine 
- endormi à présent.
- Mouvements, Mouvements, Mouvements
Dans un mouvement,
de l’Enfer 
tous les Anges 
- ont fui.


' S’effeuille
ligne après ligne
la pente abrupte
jusqu’à l’aurore qui porte
un bouquet royal
monté sur des escarpins
de bleus et d’ors '

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