Salamandre

Je t'écris de mes yeux.
Toi, le secret du fruit mûr,
l'ombre tendre et certaine.
L'éclat, la plume, l'épée.
Sur nos coeurs refroidis
tu es la caresse et l'aurore soudaine.
L' Immortelle rosée.
Entre la vie et la mort,
se tiennent la plante et le poison.
Le chemin balayé, la bulle de savon. 
Quand la Nuit se pose sur l’espace étendu,
la cendre derrière tes paupières
allume un fleuve, un baiser.
Tu es l'encre et la braise immobile.
Le corail grimpant sur la toile usée
où glissent, indélébiles,
la Rose et l'Araignée.
Désir fantôme, précipité,
du fond de nos rêves, hantés, réveillés,
nous suivons la rivière laiteuse et le gel noir, étoilé.
Le poisson mauve derrière le rocher.
Tes hanches sont la flamme,
la langue du raisin sous le ciel,
 disloqué.
Tu es la louve, assise dans le verger.
L'abeille sucrée, ses ailes embrasées.
Belle au blé qui murit,
en toi j'oublie la multitude
car sur tes lèvres brûlent des millions d'yeux,
et le soleil,
- murmuré.
Sur ta peau poussent la forêt qui dort
et puis l'Arbre,
- momifié.
Je viens en toi, 
lion doré, me baigner dans ton eau,
en bas du torrent,
boire à ton calice, Libellule, 
tes jambes nues dans les nuées.
Quand le noir m'emporte
au long de ton sommeil, splendeur évanouie,
dans cette mélodie des profondeurs,
du jour je deviens l'étranger.
De sept ciels, souvenirs enlacés,
m'enfonçant dans la gorge mille visages pétrifiés,
je perce la Lune où sur ton corps, suspendu, 
Elle s'est échouée.
Te souviens-tu, pâle incandescence,
de l'arbre d'argent, 
de sa robe scintillante,
de l'orage pressé ?
Vois-tu le velours drapé de la plaine,
et la grâce assise sur la colline, vierge aimée ?
Te souviens-tu de la rivière dans le jardin,
beauté de la mangue sur le roseau ?
Tu es de tous les âges, fleur indemne,
celle que le Temps ne pourrait emporter.
Le chant de l'oiseau, tendre et brûlé.
La Muse orpheline sur le Dragon, ailé.
Tu es la poussière et le carillon.
La lueur de la courbe, l'horloge arrêtée.
Tu es ma couleur, 
- la Salamandre,
sa fleur tendue sur le balcon.
Tu es le lac ruisselant, la feuille trempée.
Le noeud tressé, l'éclair serré.
La vague et l'écume, la musique et la fugue,
Vénus 
Vénus
Vénus !
- endiablée.
Qu'en toi le monde se taise, ému dans l'immobile.
Que le plaisir ardent mouille la fournaise,
l'île qui dort dans ton ventre,
la chaleur étroite, la neige écarlate,
la vie qui dort dans le volcan.
Dès l'aube, impérial frisson,
que tremble la Mort, triste,
à nos pieds.

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